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L’article de la haine #2 : Jeu de rôle Magazine

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J’aime la presse. J’adore aller chez mon revendeur préféré, récupérer mes magazines favoris. Alors pour ce qui est de mes autres centres d’intérêts, ça va je suis bien servi. Mais niveau jeu de rôle, ce n’est pas la panacée. En fait pour tout dire, il y a bien qu’un canard qui traîne par-ci, par-là et que je prends lorsque je l’aperçois ; Jeu de rôle magazine.

Bon. Comment dire. Il va sembler que je tire sur l’ambulance, mais bref. Allons-y, j’aime ça. C’est un de ces trucs que j’achète pour me donner bonne conscience, un peu comme un « allez, un peu d’argent dans la poche du JdR français ». Vu qu’il sort tous les trois mois, ça ne me revient pas très cher. Et pour tout dire, j’ai dû acheter à peu près tous ceux de l’année passée. C’est en voyant le dernier, en le tenant dans mes mains et en le parcourant de mes petits yeux fatigués que j’ai compris que je me faisais entuber. L’idée que je me fais d’un magazine sur le sujet est-elle malvenue ?

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Une critique s’est glissée dans cette image, la trouverez-vous ?

Je ne suis pas compliqué pourtant. Quand j’achète un magazine sur un sujet, j’attends qu’il traite de ce sujet en très grande partie. Non franchement, si j’achète une revue sur le cinéma, et qu’ils écrivent plus de la moitié de leur torchon sur des clip vidéos ou sur des critiques de musiques, je ferais la gueule. Même si ce sont des musiques de film. Et bien là, avec notre charmant trimestriel, on se tape une bonne tartine de trucs dont je me fous personnellement. Allez, je ne fais pas de la mauvaise foi, je ne suis pas comme ça voyons. Je suis tellement de bonne foi que je vais regarder un peu leurs critiques. Y en a beaucoup, on dirait ! Ah oui… Beaucoup. Un quart environ de ces critiques sont dédiées au jeu de rôle. Et voilà la gueule des critiques, je passe sur le grog (gratuit, hein) et j’en apprends plus que dans leurs trentaines de lignes lapidaires. Rien qu’avec ça, j’ai déjà l’impression de m’être fait sacrément enfariner l’arrière-train. En plus vu que c’était à l’approche de Noël, ils nous ont fait une sélection ! Mais trop bien moi je dis. Tu te dis que les mecs, ils ont du bosser leur truc ! Dans cette sélection, le nouveau supplément du Trône de fer, « La Garde de Nuit ». 16 lignes pour nous décrire l’intérêt du livre. Ce « conseil », qui en format normal ferait deux lignes est encore moins indicatif que la quatrième de couverture du supplément. Non je déconne pas hein.

Et vous pensez que c’est le pire ? Non car les trois-quart qui reste, je me demande si j’en parle. Bon les jeux de société, soit, je trouve que ça a légèrement sa place. Mais légèrement, hein. Par contre il faudra qu’on m’explique pourquoi il y a presque une vingtaine de « critique » roman. Et ça s’appelle critique ? C’est pour rire, j’appelle ça un compte-rendu de collège. Fan absolu d’Entretien avec un Vampire (le livre, je précise), leur critique m’a tout simplement balancé sur les fesses. Et pour les autres romans, je ne les ai pas lu et j’ai franchement pas envie de les lire vu leur dégaine. Mais qui est le public cible ?

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Ah le med-fan, en perpetuel renouvellement.

Ah cette question… je me la suis posé longtemps. Puis je suis arrivé au dossier sur les vampires. Pour le coup, même si le ton et l’écriture sont toujours dans la même veine, avec points d’exclamations et questionnements dignes d’Alien Theory (mention spéciale à l’article sur Vlad Tepes, qui s’interroge à la fin ; Tepes est-il vraiment mort ? Rolala ça fait peur !), ça a au moins le mérite de ne pas dire des conneries et de vulgariser le thème. Pour des novices ayant juste besoin d’inspiration vampirique pour leurs parties, c’est pas mal. Enfin ça s’effondre quand on tombe sur le questionnaire style Aufeminin.com de la fin du dossier, « quel vampire êtes-vous ? » . Là j’ai lâché le magazine, j’ai su que je n’étais pas le public ciblé.

Bon je vais en finir là, je pourrai continuer des heures mais il vaut mieux que je m’en tienne à un simple ordre chers petits lecteurs : N’achetez pas Jeu de rôle magazine. A moins que vous aimiez vous faire empapaouter, ou que vous vous intéressez plus aux romans bas de gamme chroniqués qu’au jeu de rôle. Je suis le seul à rêver d’un trimestriel qui disposerait d’articles de fond ? Un truc à la http://ptgptb.free.fr/, avec des articles inédits, moi j’achète de suite. Ou même, des critiques longues, des dossiers thématiques approfondis ? Le jeu de rôle est un média particulier, mais qui ne peut être que prolifique quand on le veut bien … Le travail des amateurs en ligne le prouve bien (et en plus, le leur est GRATUIT).

PS : La maquette est moche les gars.

PS 2 : Par respect pour les auteurs et surtout leur famille, j’ai préféré ne pas mentionner leurs noms.

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Written by Manasdoo

27/01/2014 at 18:18

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Le moment littéraire #1 – L’instinct de l’équarisseur

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Il n’y a pas à dire, être joueur de jeux de rôles et passionné de littérature est rempli d’avantages. Un jour je penserai à tous les lister, tiens. En tout cas, l’un d’entre eux est de lire des récits dans le but de s’inspirer, de retirer l’essence et l’ambiance d’un thème particulier pour pouvoir l’appliquer plus tard. C’est un peu dans cette optique que dans une de mes commandes de livre, je fis le choix d’entrer en la possession de L’instinct de l’équarisseur.

Sherlock Holmes dans une aventure aux relents de steampunk.

Le résumé était assez appétissant : Sherlock Holmes existe vraiment, dans un monde parallèle qu’Arthur Conan Doyle va régulièrement visiter par l’entremise de Watson, inventeur de génie qui a mis au point une machine permettant de naviguer entre les deux univers. On me promettait une dose de steampunk, du pulp et des énigmes Holmesques.

Qu’ai-je vraiment trouvé ?

Hé bien déjà, une atmosphère plutôt bien rendue. L’auteur, Thomas Day nous prévient dès la préface ; il s’est renseigné, a étudié le personnage de Sherlock et sa diégèse, et s’est largement documenté sur l’époque mise en scène (fin XIXème – début XXème), mais a bien évidemment fait des choix dans le sens de la narration. Tant mieux j’ai envie de dire, je suis rarement féru de la fidélité à toute épreuve au détriment du plaisir (non ceci n’est pas à mal interpréter). Le livre se décompose en trois partie, que l’auteur a nommé livre premier, entr’actes et livre second. Même si la longueur (plus de 400 pages) peut rebuter, la lecture est aisée et rapide. Bien entendu en grande partie grâce à l’écriture, la majorité du temps fluide et précise. La majorité du temps oui, mais le roman n’évite pas certains écueils ; on trouve de nombreuses lourdeurs descriptives, où on a l’impression que même l’auteur se perd dans ce qu’il veut décrire. Un défaut qui est d’ailleurs largement partagé par la majorité des auteurs de « l’imaginaire » si vous voulez mon avis. L’univers parallèle est assez drôle, bien que je pense que la présence des Worsh, des espèces de petites bêtes ursidés intégrées à la société humaine, n’est que la caution ewok du bouquin. Le livre est chapitré, avec un arrière goût de serial (Que Conan Doyle connaît bien)  pas déplaisant, chaque titre de chapitre re-contextualisant l’histoire et facilitant la lecture.

Je voulais du pulp, et j’en ai eu dans le deuxième livre (qui est la troisième partie). Déjà, essayons de parler du pulp. Je ne vais pas vous faire un historique et régurgiter ce que nous dit wikipedia sur le sujet (gna gna magazine peu coûteux de la première moitié du XXème gna gna) mais expliquer ce que moi j’entends par pulp : une narration ancrée dans une relative réalité historique, mais où on trouve de l’aventure à foison et souvent hyperbolique, de l’exploration et en principe un vilain méchant du mal. Je me cantonnerai à ça, et avec Moriarty en ennemi de cet Instinct de l’équarisseur, on pouvait pas mieux trouver comme génie du mal face à Holmes. Enfin, sur le papier. Car voilà, c’est là où tout foire. Alors que le premier livre est très sympathique, nous explique les enjeux de l’histoire en prenant son temps, en nous donnant plusieurs enquêtes dans la ville de Londres, l’entr’actes nous change de plan pour nous plonger plus prêt de Moriarty. Et vous allez voir, ça ne va pas être de tout repos cette entracte (ce qui fait de ce calembour le calembour plus mal nommé de sa génération).

Évidemment, si vous ne comptez pas lire le livre ou que c’est déjà fait, vous pouvez continuer, sinon cassez-vous car ça va spoiler. Et ça va durer longtemps donc euh… Dommage.

L’amour n’a pas de limite.

Dans l’entr’actes, on suit une demoiselle visiblement très méchante (et rousse). Tellement vilaine qu’elle se fait littéralement enfourcher par un homme lézard pas mal vilain aussi. Même qu’en même temps y a un mec qui s’éclate le crâne sur le sol, et elle elle jouit. Vous m’en voudrez pas, je vous résume l’intrigue jusqu’à l’arrivée de Moriarty. En fait l’entr’actes est réellement le point faible du livre ; sans comprendre pourquoi, on atterrit dans un monde obscène, où on nous transforme Moriarty en tueur d’enfants psychopathe (bon ce coup-là, c’est expliqué mais je suis quand même dubitatif). La demoiselle (Shiva pour les intimes, qui va devenir la compagne de Moriarty) n’est pas mieux. Même pire. On se tape donc de nombreuses pages de descriptions bien dégueulasses, on finit sur une scène de vomi qui recouvre de la tête aux pieds une pouffiasse, et on quitte Shiva en ayant beaucoup appris sur le plan de Moriarty, sans pour autant être content du voyage.

Oui mais voilà ; pourquoi t’as fait ça Thomas Day ? Je ne suis pas une grenouille de bénitier, j’ai maté et adoré Salo ou les 120 journées de Sodome, lu pas mal de trucs dégueulasses, en allant de Sade ou plus récemment Les Bienveillantes de Jonathan Littel, mais là je ne comprends pas. J’ai même cru qu’une deuxième personne avait écrit ce passage. C’est sûrement la volonté de l’auteur, pour montrer le maaaal. Sauf que ça fout en l’air la cohérence du récit, qui même s’il ne s’épargnait pas le gore jusque là, ne rentrait pas dans des scènes perverses par voyeurisme. Pour tout dire, il semble que l’auteur prend un sacré plaisir à décrire la pénétration par le phallus reptilien du truc (oui le truc, on explique pas plus ce que c’est, c’est un truc). Mais le lecteur n’en prend pas. Enfin pas moi, désolé, ça me fait pas rêver, je me demande juste ce que ça fout là. Vu comme ça partait, je m’attendais à ce que dans le livre second la méchante Shiva se plante un Worsh dans l’anus. Au moins pour ce cas-ci, ça aurait été marrant. Mais non, même pas ! D’ailleurs en parlant du truc lézardesque, c’est ironique car l’auteur nous parle du fusil de Tchekov par le biais de Conan Doyle. Pour ceux qui suivent pas au fond, c’est un procédé littéraire. Et le meilleur pour en parler c’est le vieux Tchekov lui-même : « Si dans le premier acte vous indiquez qu’un fusil est accroché au mur, alors il doit absolument être utilisé quelque part dans le deuxième ou le troisième acte. Si personne n’est destiné à s’en servir, il n’a aucune raison d’être placé là. »

Ce mec lézard se fait buter comme une merde, juste avant avoir juré qu’il allait se venger de la vilaine rousse. Fini on le reverra plus. Pourquoi tu as dit ça ? Pourquoi t’étais là ? Juste pour la torride scène zoophile ?

Pour certains, Moriarty c’est ça. Peut-être que pour l’auteur aussi ?

Heureusement le livre second arrive vite, et c’est aventure en aéroplane, atterrissage dans la jungle et bataille contre des dinosaures robots. Donc forcément, ça me séduit. Surtout que le style suit, et qu’on retrouve Sherlock Holmes au meilleur de sa forme ; puissant, cynique et vraiment fou. Cependant Shiva, elle a beau être méchante c’est quand même une femme. Enfin on l’a pas oublié, vu qu’elle a pratiqué son art de la fellation à toute l’armée visiblement (si si, c’est dit). Mais au delà de sa bouche, accessoire  indispensable de toute femme dans cette histoire, elle reste faible. Donc elle tombe amoureuse d’un beau gosse (qui se trouve être Jack London, LE Jack London), et finit par devenir super gentille. Normal, c’est une gonzesse. J’ai précisé qu’ils ne se sont quasiment jamais parlé et que London a essayé de la buter ? Comme quoi, tu peux te faire monter dessus par un lézard de deux mètres, tuer des gosses pour le plaisir et quand même être éprise d’amour fou, c’est beau ce message. Moriarty lui au moins c’est un vrai mec, il commande un robot tyrannosaurus rex à la fin.

Non parce que pour moi, Moriarty c’est ça. Et c’est pas bien rendu.

Bref, les péripéties et le dénouement restent tout de même sympathiques, même si l’histoire de Shiva est vraiment nulle à chier (enfin bon, à la fin sa tête décapitée parle). Il y a aussi un retournement de situation bancal : Holmes croit que son meilleur ennemi Moriarty est mort, et donc sa première idée c’est de prendre une fiole qui traînait par là. Sauf que Moriarty lui, il est pas con. Il a empoisonné la fiole. Et c’est pour ça que Holmes va être au seuil de la mort jusqu’à la fin. C’est quand même bien pourri, mais soit, je peux laisser passer car cela renvoie à un des thèmes du livre, qui considère que Holmes et Moriarty sont liés, comme deux faces d’une même pièce et que l’un ne peux vivre sans l’autre.

Je vais finir sur quelques bons points : Arthur Conan Doyle est un personnage vraiment intéressant, de même que Watson qui est bien traité (dont une facette originale est révélée, et là pour le coup j’ai trouvé que c’était une idée logique et vraisemblable). J’ai beaucoup aimé l’idée du monde parallèle aillant germé à cause d’un événement que certains ont préféré réfuter, tout droit tiré de la pataphysique. Évidemment, mais je l’ai déjà dit, Holmes est une vraie réussite.

Et c’est fini les spoilers ! Donc faut le lire ou pas ? Tout dépend de ce qu’on attend. Si vous recherchez un récit sans grosse prise de tête, ayant des défauts mais restant plaisant au final, et que vous voulez de l’inspiration pour Hollow Earth Expedition, La Brigade Chimérique ou tout autre jeu se prêtant à cela alors oui. Le récit se plaît à mettre des personnages historiques dans des situations inédites et c’est souvent réussi (Oscar Wilde notamment, merveilleux personnage. Et un tête à tête entre Freud et Holmes que j’ai particulièrement apprécié). Surtout, il a le bon goût de ne pas se prendre au sérieux (sauf dans l’entr’actes bizarrement). Si vous êtes fan ardu de Sherlock et ne jurez que par Conan Doyle, que vous avez peur de voir certains personnages galvaudés, si vous préférez des récits plus maîtrisés ou que vous n’aimez pas le genre, c’est à dire monde parallèle, drogue et tout le tralala, alors tout simplement non.

PS : Les images de Moriarty sont des simples provocations. Bon d’accord je pense réellement que le personnage de Moriarty est raté. L’auteur fait ce qu’il veut avec les personnages et n’est pas tenu de garder le même esprit que l’original, mais bon merde. Il a ajouté des tas de choses qui étaient vraisemblables, et tenaient d’une certaine logique narrative, notamment avec le personnage de Watson, ou même Jack London. Mais quand tu te tapes une scène où Moriarty se voit bénéficier d’une fellation de la rousse et où on te décrit son membre, ça fait descendre l’estime du mythe très bas. Sans compter que tout le long du récit, il n’est pas si flamboyant que ça le génie du mal. Ré-adapter à sa sauce des personnages c’est prendre ce risque, le risque de foutre en l’air l’occasion de le magnifier.

Written by Manasdoo

04/12/2013 at 19:55

L’article de la haine #1 : Être rôliste, haïr le médieval-fantastique

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No comment.

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Prenons le stéréotype du rôliste. Un rôliste, c’est quoi ? Barbu, gros, à lunettes, derrière un écran tâché de gras, marmonnant d’une voix nasillarde des émoluments stupides sur un monde de sa création ou pas. En général, on imagine rarement ce gars et son groupe jouer à autre chose qu’à du médiéval fantastique. Ben oui, grâce à l’imaginaire collectif (enfin surtout l’influence américaine), le rôliste joue à Dungeons & Dragons, lance des gros D20 et fantasme sur des armes au symbolisme phallique dérangeant.

Je n’ai pas fait de statistiques, mais il est inutile d’en faire pour se rendre compte que le rôliste français est majoritairement dans ce cas-là ; il suffit de prêter attention aux types d’univers proposés sur le marché du jeu de rôles pour se rendre compte que ce fameux médieval-fantastique pullule. Le rôliste est-il donc à 90% gros, fan de Legolas ou Gimli et si peu sûr de sa virilité ? Peut-être, mais je ne vais pas m’interroger sur ce fait-là pour aujourd’hui. Car la question la plus importante est de savoir si on peut être rôliste en détestant ces foutus univers gavés d’elfes, de boue et de dragons.

Je peux m’affirmer comme rôliste. Je pratique depuis bien des années, peut-être 5 ou 6 ans. Je suis MJ à 95% du temps, souvent deux ou trois fois par mois. J’ai testé bien des univers, ait fait mes classes sur Dungeons & Dragons 3.5, Anima, COPS, Monsterhearts, Deathwatch, Icons ou encore Cthulhu (ceci n’est pas une liste exhaustive). Avec mon groupe, nous avons testé une multitude d’univers différents, et avons délaissé la période poussiéreuse du moyen-âge et son frère mal-formé qu’est le médieval-fantastique depuis bien longtemps. C’est au contact récent d’un autre groupe que j’ai découvert que certains pouvaient, encore, être fascinés par ce type de cadre. Et c’est de là que j’ai eu envie de mettre au clair mes raisons de détester le médieval-fantastique.

Pourquoi joue-t-on au jeu de rôles ? Pour stimuler notre imagination en partie, non ? Bien sûr, certains veulent juste rigoler avec les copains, boire de la bière, tuer du streum ou draguer la voisine. Mais la composante imaginative est inhérente à cette activité, particulièrement pour le MJ. Le médieval-fantastique, c’est le castrateur de cette imagination. Alors oui, je ne compte pas critiquer les gens qui joue au médieval-fantastique, ils font ce qu’ils veulent. Je peux comprendre le besoin de détruire de l’orc, du gnoll, des skavens et ces autres conneries. Même si moi perso, je prends Diablo 3 ou WoW et je fais la même chose en plus vite, plus pratique, plus beau et avec autant de copains. Mais cela reste un choix personnel, orienté par ma génération.

Fais ton choix dans ce rayon d'originalité !

Fais ton choix dans ce rayon d’originalité !

Pourquoi castrateur de l’esprit imaginatif ? Tout est déjà imaginé. Prenons l’exemple de ce groupe que j’ai rencontré la dernière fois. C’est le moment de la création de personnages. Dès le départ, nous avons quelqu’un qui clame l’envie d’être une archère habile, l’autre qui veut faire un troll bourrin, et le dernier qui fait un roublard. Bien. Pour moi, c’est déjà fini à ce moment là. En gros on avait laissé le choix à moi et à ma copine de faire le DPS cac et le DPS magique. Génial, non ? Bien sûr je n’utilise pas ces termes venant du MMORPG pour rien. C’était tout à fait l’idée du groupe dans cette création de personnage. Et ça déjà, ça me dégoûte. Je ne suis absolument pas contre l’idée de faire un groupe équilibré, ça non. Sauf que, si je fais un guerrier dans ce monde, je vais être quoi ? Ben un guerrier. Voilà. J’ai mon rôle, super. Bien sûr on va me dire que je suis capable de faire preuve d’imagination et me débrouiller pour sortir du stéréotype. Ah oui, comment ? En sortant une histoire de vengeance, d’orphelin, un background de 6 pages dont tout le monde se fout ou en me battant avec une cuillère à soupe en guise d’arme ? Ça pourrait être fun sur le moment oui, mais sur la durée le jeu n’en deviendrait que plus pénible.

Et bam, si t’as l’idée de faire un nain, ben tu vas boire de la bière et être rancunier. Un elfe ? Un homosexuel centenaire pardis, qui sait forcément manier l’arc ou au moins lancer une boule de feu. Il n’y a que moi qui trouve cela puant ?

Tapez femme médieval-fantastique sur google, on a ça ou des magiciennes habillées en noir.

Tapez femme médieval-fantastique sur google, on a ça ou des magiciennes habillées en noir.

Pas besoin de disserter sur le fait que le choix d’une race au début d’une partie de D&D ou assimilé, entraîne des discussions tout à fait convenues. Faire les nains robustes, les hobbits malins, les elfes intelligents, et les humains tout à la fois … J’ai comme l’impression qu’il y a une idéologie bien sale qui est passée par là et qui a juste changé des mots. Oui, c’est marrant de jouer un elfe pour la première fois, se prendre des blagues homophobes, tirer à l’arc et faire du surf sur un bouclier. Mais pas la deuxième fois, encore moins la troisième. Et le pire, c’est qu’il semble qu’il existe une convention sociale qui dit « vous avez le droit de vous moquer de telle race ». Sous le couvert de la race imaginaire, on peut ainsi être homophobe, misogyne, voleur et menteur. Dans l’absolu je me moque de cela tant que ça reste de l’humour et dans le cadre du jeu, sauf que j’y vois personnellement une hypocrisie puante derrière ce fait. Ça viendrait à l’idée du nain de traiter le guerrier de tapette car celui-ci tire à l’arc ? Car il compose un poème ? Moins facilement que si c’était un elfe, pourtant ça reste de l’homophobie. On peut trouver que j’exagère, mais ça reste vrai. Je ne condamne pas les blagues limites entre potes, mais il faut assumer l’idéologie qui est véhiculée par ces clichés. Au niveau de la discrimination, je ne préfère même pas parler de la misogynie. Je vois ça et là des hommes qui chouinent du manque de femme dans le jeu de rôles. Ben les mecs, quand la majorité des jeux proposent de sauver une princesse ou installent un cadre peu propice à l’émancipation féminine, faut pas s’étonner. Surtout si tu tombes sur un MJ à la con qui va te faire croire que c’est réaliste que dans D&D un dragon prenne le café avec toi ou que tu contactes un type à 3000 km avec un parchemin mais qui va refuter l’idée qu’une femme puisse être respectée dans son jeu déjà bien anachronique et illogique. Une demoiselle ne jouera pas volontiers dans un univers semblant la rejeter de toute son âme, ça semble normal, non ?

Blanc, hétérosexuel, masculin, voilà le profil qui correspond à ce type d’univers. Et ça me rebute.

Là, c'est bien !

Là, c’est bien !

Buter un dragon c’est bien, on est d’accord. J’ai adoré mes innombrables heures à jouer à D&D ou Warhammer. Mais merde, comment ne pas voir la limite de ces univers au bout d’un moment ? Suis-je le seul à avoir perpétuellement l’impression d’avoir tout vu ? Le vieux qui va t’aider ou te poser une énigme, le village en détresse, les brigands sur le chemin, ce putain de mage maléfique qui fait chier tout le monde de sa tour magique… Mes meilleures parties furent celles dans un monde contemporain, ou du moins plus tardif que ce foutu médieval-fantastique. Pourquoi ? Déjà la cohérence de nombreuses choses. Exit les mages qui se téléportent partout, les dragons qui posent leur cul sur la première banque qui passe et les hobbits inutiles, race dont on se demande toujours pourquoi elle subsiste encore. Faire une partie de COPS en sentant la pression de la justice, de la société, de la famille, c’est autre chose. Faire du Monsterhearts et être confronté aux problèmes de l’adolescence, à des événements surnaturels et à ses camarades de classes c’est encore autre chose. Et même faire du Anima, qui semble prendre position dans un monde médieval fantastique a bien plus d’intérêt grâce à un univers bien unique et surtout une création de personnage permettant toutes les fantaisies, te permettant de faire un guerrier oui, mais un guerrier qui se bat lui vraiment avec une cuillère à soupe ou avec des pets magiques.

Je défends l’idée que pour faire du monster bashing, rien ne vaut une bonne console ou un bon PC. Quand je joue au jeu de rôles, je veux jouer un rôle. Et un rôle que j’ai choisi moi même, qui ne dépend pas du cahier des charges de l’univers. Je ne veux pas être le guerrier nain, le mage elfe, le ranger humain. Je les emmerdes ceux-là. J’emmerde le donjon à 6 étages avec un boss à la fin qui t’attend peinard. J’emmerde la moisissure répétée de ces univers, vus, lus et mêmes entendus partout.

Après ce torrent de haine primaire, il me semble essentiel de recentrer mon article. Ma haine de ces univers provient sûrement de D&D et de ses règles imbuvables. Un jour peut être, je tomberai sur un jeu de rôle médieval-fantastique qui me ferait aimer ce style.

Written by Manasdoo

07/11/2013 at 19:33

Publié dans Billet d'humeur

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Conseil rôlistique #1 – Monsterhearts

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J’inaugure ce blog avec cette rubrique, celle du conseil rôlistique ! 

Le principe est assez simple : parler de mon dernier coup de coeur rôlistique, le détailler et expliquer pourquoi il faut y jouer.

On commence très fort avec Monsterhearts.

Mais qu’est ce que c’est ?

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Bon, la couverture ce n’est pas ça…

Un résumé lapidaire se bornerait à nous expliquer qu’on va jouer des adolescents dans un univers bit-lit (entendez « littérature mordante », en gros cette vague de torchons qu’on se tape depuis le succès d’un certain Twilight). Bien évidemment, afin d’éviter des cris de haines et des pleurs, je n’ai pas présenté ce jeu de cette façon-là. Au vu du livre en entier et des options proposées, il me semble bien plus proche d’un Buffy contre les vampires que des frasques de Bella et Edward. Utilisant les règles d’Apocalypse World (que je n’ai jamais testé), l’atmosphère se veut sombre, le jeu reposant sur les tensions créés par les joueurs eux-mêmes, confrontés à leurs peurs d’adolescents et à des monstres inconnus. Le jeu pousse même le vice en proposant une structure en saisons, et amène le maître du jeu à penser sa campagne comme une saison de série TV. Mais je vais expliquer cela en détail un peu plus loin.

Commençons par la création, à première vue peu originale. En effet, on propose aux joueurs de jouer des « clichés », qui définiront leur personnage et lui donneront des actions uniques. De nombreux clichés sont disponibles à l’usage, allant du vampire au loup-garou, en passant par la fée ou encore la reine du lycée, et le jeu a le bon goût de nous fournir quelques explications pour créer nos propres clichés si le besoin s’en fait sentir. Et dans de nombreux jeu de rôles, les choix des joueurs s’arrêteraient là. On est bien loin du compte.

Vas-y, montre ton imagination

Une fois leurs clichés choisis, les joueurs vont devoir se concerter. De quoi sera fait leur monde ? Qui sera à leur côté dans la salle de classe ? Qui détestent-ils de base ? Ou qui aiment-ils ? Histoire d’aiguiller un peu le tout, les clichés ont chacun une histoire personnelle dans laquelle les joueurs doivent mutuellement s’impliquer. Ainsi un loup-garou aura forcément suivi un des personnages du groupe et aura des avantages sur lui, repérant plus facilement son odeur. Le maître du jeu lui, ne doit pas tarir de questions à poser lors de la création. Profondément ancré dans la sexualité, le jeu s’amuse à donner une action sexuelle, donnant certains bonus ou malus lors de son application. Un élu récupérera tous ses points de vie à chaque fois qu’il couche avec quelqu’un, par exemple.

je té healé lol

« je té healé lol »

Tout est fait pour que la carotte des joueurs, ce soit leurs hormones. Et pour les aider dans leur quête, il y a les ascendants. Lorsqu’un joueur réussit une action contre un autre joueur ou un personnage non-joueur, il a la possibilité de gagner un ascendant. Celui-ci peut être utilisé de différentes manières, allant du simple bonus à un test à des choses plus intéressantes (au niveau bourrin, l’élu peut cramer tous ses ascendants liés à un gars pour le dézinguer).

Plus que cela, le jeu responsabilise les joueurs, dans la veine des jeux narrativistes. Prendre leurs idées est encouragé, on se retrouve avec un jeu dans lequel il est possible pour le maître du jeu de répondre « Je ne sais pas comment meurent les vampires, tu en penses quoi toi ? » et d’appliquer la réponse donnée par le joueur. Quand je parle de responsabilité, cela repose aussi sur leurs points d’expériences. Hé oui chers MJ radins, sachez que là ils vont se débrouiller sans vous ! Ainsi, à chaque jet de dès d’une caractéristique cochée au préalable, un joueur gagne un point d’expérience. Simple, et pousse le joueur a être acteur, et non plus spectateur. Le mécanisme des ascendants marche également dans ce contexte, puisqu’un personnage non-joueur ou un joueur peut proposer un point d’expérience à un autre joueur en échange de service. Au bout de 5 points d’expériences, une progression est débloquable ; celle-ci peut être un nouveau pouvoir du cliché du joueur, une augmentation de caractéristique, et même la possibilité d’avoir un gang ou de chiper un pouvoir d’un autre cliché. Comme je le disais, Monsterhearts a une structure pompée sur les séries TV ; ainsi au premier personnage ayant acquis cinq progressions la saison se finie, et tous les joueurs (MJ compris) doivent trouver une issue à toutes les intrigues de la saison, avant d’entamer une longue pause (en jeu ou en vrai) et de commencer une nouvelle saison. Nouvelle saison qui comporte son lot de  surprises, avec la possibilité d’acquérir des actions « adultes », de changer son action sexuelle ou même de changer de cliché.

Ajoutez à cela un système plus que simple qui se résume en : 2d6+caractéristique, de 7 à 9 c’est un résultat mitigé, à 10 c’est une réussite complète, et vous comprendrez que c’est à la portée de tous, mathématiquement parlant.

A la portée de tous ?

Oui je brille mais OSEF on est dans Monsterhearts

Oui je brille mais OSEF on est dans Monsterhearts

Non j’exagère un peu. On ne peut pas conseiller ce jeu à tous les MJ, et surtout pas à toutes les tables. Tout d’abord, il faut savoir que le jeu est donné avec aucun background (univers préalablement créé, si vous préférez). Personnellement, cela m’enchante vu que je déteste être sclérosé dans des univers stupides, et que lire des centaines de pages d’Histoire fictive me donne la nausée (ouais j’ai toujours pensé qu’il valait mieux lire un vrai livre d’Histoire que le Silmarillon). Ensuite pour les MJ tatillons, il risque d’y avoir du dégât. Il n’y a aucune règles pré-établies quant aux clichés. Un vampire peut très bien ne pas craindre le soleil ou l’ail. Il peut même briller au soleil si il le veut comme un de ses glorieux congénères. Un loup-garou peut s’en foutre totalement des pleines lunes, et cela s’étend jusqu’à rendre certains clichés un peu flous (quid de la fée et de sa cour féérique ?). Il va falloir de sacrés capacités d’improvisations, surtout si votre bad guy tombe amoureux de la reine du groupe par des jets et des ascendants habilement utilisés. Quant à vos joueurs, prévoyez des personnes n’ayant pas peur du dialogue, du drama à tout va (« tu as tué son animal de compagnie à l’acide ! ») et surtout prêtes à mettre de côtés les combats. Car s’il y a un point sur lequel on peut penser que Monsterhearts pêche, c’est sur sa gestion du combat. Le MJ n’utilisant pas de dés, la notion tactique est évidemment branlante. De plus les personnages joueurs ne sont pour la plupart pas vraiment des combattants ; on peut citer le loup-garou et l’élu en contre-exemple, mais les autres clichés ne sont pas taillés pour la baston.  Personnellement je n’y ai vu aucun problème, déportant les enjeux tactiques d’un combat vers des enjeux dramatiques et émotionnels, mais encore faut-il des joueurs réceptifs.

Que puis-je rajouter ? J’ai vécu une belle surprise avec Monsterhearts et je la vis encore, ma campagne étant loin d’être terminée. Ce jeu fait partie de mes favoris, de ceux que je sortirais avec plaisir pour une nouvelle partie dans 5 ans. Bon, en ayant bien choisi mes joueurs évidemment.

Written by Manasdoo

06/11/2013 at 18:55

Publié dans JDR

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