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Archive for the ‘Littérature’ Category

Le moment littéraire #1 – L’instinct de l’équarisseur

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Il n’y a pas à dire, être joueur de jeux de rôles et passionné de littérature est rempli d’avantages. Un jour je penserai à tous les lister, tiens. En tout cas, l’un d’entre eux est de lire des récits dans le but de s’inspirer, de retirer l’essence et l’ambiance d’un thème particulier pour pouvoir l’appliquer plus tard. C’est un peu dans cette optique que dans une de mes commandes de livre, je fis le choix d’entrer en la possession de L’instinct de l’équarisseur.

Sherlock Holmes dans une aventure aux relents de steampunk.

Le résumé était assez appétissant : Sherlock Holmes existe vraiment, dans un monde parallèle qu’Arthur Conan Doyle va régulièrement visiter par l’entremise de Watson, inventeur de génie qui a mis au point une machine permettant de naviguer entre les deux univers. On me promettait une dose de steampunk, du pulp et des énigmes Holmesques.

Qu’ai-je vraiment trouvé ?

Hé bien déjà, une atmosphère plutôt bien rendue. L’auteur, Thomas Day nous prévient dès la préface ; il s’est renseigné, a étudié le personnage de Sherlock et sa diégèse, et s’est largement documenté sur l’époque mise en scène (fin XIXème – début XXème), mais a bien évidemment fait des choix dans le sens de la narration. Tant mieux j’ai envie de dire, je suis rarement féru de la fidélité à toute épreuve au détriment du plaisir (non ceci n’est pas à mal interpréter). Le livre se décompose en trois partie, que l’auteur a nommé livre premier, entr’actes et livre second. Même si la longueur (plus de 400 pages) peut rebuter, la lecture est aisée et rapide. Bien entendu en grande partie grâce à l’écriture, la majorité du temps fluide et précise. La majorité du temps oui, mais le roman n’évite pas certains écueils ; on trouve de nombreuses lourdeurs descriptives, où on a l’impression que même l’auteur se perd dans ce qu’il veut décrire. Un défaut qui est d’ailleurs largement partagé par la majorité des auteurs de « l’imaginaire » si vous voulez mon avis. L’univers parallèle est assez drôle, bien que je pense que la présence des Worsh, des espèces de petites bêtes ursidés intégrées à la société humaine, n’est que la caution ewok du bouquin. Le livre est chapitré, avec un arrière goût de serial (Que Conan Doyle connaît bien)  pas déplaisant, chaque titre de chapitre re-contextualisant l’histoire et facilitant la lecture.

Je voulais du pulp, et j’en ai eu dans le deuxième livre (qui est la troisième partie). Déjà, essayons de parler du pulp. Je ne vais pas vous faire un historique et régurgiter ce que nous dit wikipedia sur le sujet (gna gna magazine peu coûteux de la première moitié du XXème gna gna) mais expliquer ce que moi j’entends par pulp : une narration ancrée dans une relative réalité historique, mais où on trouve de l’aventure à foison et souvent hyperbolique, de l’exploration et en principe un vilain méchant du mal. Je me cantonnerai à ça, et avec Moriarty en ennemi de cet Instinct de l’équarisseur, on pouvait pas mieux trouver comme génie du mal face à Holmes. Enfin, sur le papier. Car voilà, c’est là où tout foire. Alors que le premier livre est très sympathique, nous explique les enjeux de l’histoire en prenant son temps, en nous donnant plusieurs enquêtes dans la ville de Londres, l’entr’actes nous change de plan pour nous plonger plus prêt de Moriarty. Et vous allez voir, ça ne va pas être de tout repos cette entracte (ce qui fait de ce calembour le calembour plus mal nommé de sa génération).

Évidemment, si vous ne comptez pas lire le livre ou que c’est déjà fait, vous pouvez continuer, sinon cassez-vous car ça va spoiler. Et ça va durer longtemps donc euh… Dommage.

L’amour n’a pas de limite.

Dans l’entr’actes, on suit une demoiselle visiblement très méchante (et rousse). Tellement vilaine qu’elle se fait littéralement enfourcher par un homme lézard pas mal vilain aussi. Même qu’en même temps y a un mec qui s’éclate le crâne sur le sol, et elle elle jouit. Vous m’en voudrez pas, je vous résume l’intrigue jusqu’à l’arrivée de Moriarty. En fait l’entr’actes est réellement le point faible du livre ; sans comprendre pourquoi, on atterrit dans un monde obscène, où on nous transforme Moriarty en tueur d’enfants psychopathe (bon ce coup-là, c’est expliqué mais je suis quand même dubitatif). La demoiselle (Shiva pour les intimes, qui va devenir la compagne de Moriarty) n’est pas mieux. Même pire. On se tape donc de nombreuses pages de descriptions bien dégueulasses, on finit sur une scène de vomi qui recouvre de la tête aux pieds une pouffiasse, et on quitte Shiva en ayant beaucoup appris sur le plan de Moriarty, sans pour autant être content du voyage.

Oui mais voilà ; pourquoi t’as fait ça Thomas Day ? Je ne suis pas une grenouille de bénitier, j’ai maté et adoré Salo ou les 120 journées de Sodome, lu pas mal de trucs dégueulasses, en allant de Sade ou plus récemment Les Bienveillantes de Jonathan Littel, mais là je ne comprends pas. J’ai même cru qu’une deuxième personne avait écrit ce passage. C’est sûrement la volonté de l’auteur, pour montrer le maaaal. Sauf que ça fout en l’air la cohérence du récit, qui même s’il ne s’épargnait pas le gore jusque là, ne rentrait pas dans des scènes perverses par voyeurisme. Pour tout dire, il semble que l’auteur prend un sacré plaisir à décrire la pénétration par le phallus reptilien du truc (oui le truc, on explique pas plus ce que c’est, c’est un truc). Mais le lecteur n’en prend pas. Enfin pas moi, désolé, ça me fait pas rêver, je me demande juste ce que ça fout là. Vu comme ça partait, je m’attendais à ce que dans le livre second la méchante Shiva se plante un Worsh dans l’anus. Au moins pour ce cas-ci, ça aurait été marrant. Mais non, même pas ! D’ailleurs en parlant du truc lézardesque, c’est ironique car l’auteur nous parle du fusil de Tchekov par le biais de Conan Doyle. Pour ceux qui suivent pas au fond, c’est un procédé littéraire. Et le meilleur pour en parler c’est le vieux Tchekov lui-même : « Si dans le premier acte vous indiquez qu’un fusil est accroché au mur, alors il doit absolument être utilisé quelque part dans le deuxième ou le troisième acte. Si personne n’est destiné à s’en servir, il n’a aucune raison d’être placé là. »

Ce mec lézard se fait buter comme une merde, juste avant avoir juré qu’il allait se venger de la vilaine rousse. Fini on le reverra plus. Pourquoi tu as dit ça ? Pourquoi t’étais là ? Juste pour la torride scène zoophile ?

Pour certains, Moriarty c’est ça. Peut-être que pour l’auteur aussi ?

Heureusement le livre second arrive vite, et c’est aventure en aéroplane, atterrissage dans la jungle et bataille contre des dinosaures robots. Donc forcément, ça me séduit. Surtout que le style suit, et qu’on retrouve Sherlock Holmes au meilleur de sa forme ; puissant, cynique et vraiment fou. Cependant Shiva, elle a beau être méchante c’est quand même une femme. Enfin on l’a pas oublié, vu qu’elle a pratiqué son art de la fellation à toute l’armée visiblement (si si, c’est dit). Mais au delà de sa bouche, accessoire  indispensable de toute femme dans cette histoire, elle reste faible. Donc elle tombe amoureuse d’un beau gosse (qui se trouve être Jack London, LE Jack London), et finit par devenir super gentille. Normal, c’est une gonzesse. J’ai précisé qu’ils ne se sont quasiment jamais parlé et que London a essayé de la buter ? Comme quoi, tu peux te faire monter dessus par un lézard de deux mètres, tuer des gosses pour le plaisir et quand même être éprise d’amour fou, c’est beau ce message. Moriarty lui au moins c’est un vrai mec, il commande un robot tyrannosaurus rex à la fin.

Non parce que pour moi, Moriarty c’est ça. Et c’est pas bien rendu.

Bref, les péripéties et le dénouement restent tout de même sympathiques, même si l’histoire de Shiva est vraiment nulle à chier (enfin bon, à la fin sa tête décapitée parle). Il y a aussi un retournement de situation bancal : Holmes croit que son meilleur ennemi Moriarty est mort, et donc sa première idée c’est de prendre une fiole qui traînait par là. Sauf que Moriarty lui, il est pas con. Il a empoisonné la fiole. Et c’est pour ça que Holmes va être au seuil de la mort jusqu’à la fin. C’est quand même bien pourri, mais soit, je peux laisser passer car cela renvoie à un des thèmes du livre, qui considère que Holmes et Moriarty sont liés, comme deux faces d’une même pièce et que l’un ne peux vivre sans l’autre.

Je vais finir sur quelques bons points : Arthur Conan Doyle est un personnage vraiment intéressant, de même que Watson qui est bien traité (dont une facette originale est révélée, et là pour le coup j’ai trouvé que c’était une idée logique et vraisemblable). J’ai beaucoup aimé l’idée du monde parallèle aillant germé à cause d’un événement que certains ont préféré réfuter, tout droit tiré de la pataphysique. Évidemment, mais je l’ai déjà dit, Holmes est une vraie réussite.

Et c’est fini les spoilers ! Donc faut le lire ou pas ? Tout dépend de ce qu’on attend. Si vous recherchez un récit sans grosse prise de tête, ayant des défauts mais restant plaisant au final, et que vous voulez de l’inspiration pour Hollow Earth Expedition, La Brigade Chimérique ou tout autre jeu se prêtant à cela alors oui. Le récit se plaît à mettre des personnages historiques dans des situations inédites et c’est souvent réussi (Oscar Wilde notamment, merveilleux personnage. Et un tête à tête entre Freud et Holmes que j’ai particulièrement apprécié). Surtout, il a le bon goût de ne pas se prendre au sérieux (sauf dans l’entr’actes bizarrement). Si vous êtes fan ardu de Sherlock et ne jurez que par Conan Doyle, que vous avez peur de voir certains personnages galvaudés, si vous préférez des récits plus maîtrisés ou que vous n’aimez pas le genre, c’est à dire monde parallèle, drogue et tout le tralala, alors tout simplement non.

PS : Les images de Moriarty sont des simples provocations. Bon d’accord je pense réellement que le personnage de Moriarty est raté. L’auteur fait ce qu’il veut avec les personnages et n’est pas tenu de garder le même esprit que l’original, mais bon merde. Il a ajouté des tas de choses qui étaient vraisemblables, et tenaient d’une certaine logique narrative, notamment avec le personnage de Watson, ou même Jack London. Mais quand tu te tapes une scène où Moriarty se voit bénéficier d’une fellation de la rousse et où on te décrit son membre, ça fait descendre l’estime du mythe très bas. Sans compter que tout le long du récit, il n’est pas si flamboyant que ça le génie du mal. Ré-adapter à sa sauce des personnages c’est prendre ce risque, le risque de foutre en l’air l’occasion de le magnifier.

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Written by Manasdoo

04/12/2013 at 19:55